Nelson Mandela, William Ernest Henley et Mohandas Karamchand Gandhi. De l'héritage des idées.

Les « grands hommes » s’inspirent souvent d’autres « grands » pour élaborer leurs théories ou construire leurs combats. A l’occasion du « Mandela day » célébré aujourd’hui à travers le monde, revenons quelques instants sur l’influence de deux figures majeures dans la vie et le combat de Nelson Mandela : Mohandas Karamchand Gandhi et William Ernest Henley.

Gandhi ou l’héritage de la « non-violence »

Comme chacun le sait, Mohandas Karamchand Gandhi  (1869-1948) est le concepteur de la théorie de la résistance à l'oppression par la désobéissance civile de masse fondée sur la « non-violence » (qui sera à l’origine de l'indépendance de l’Inde). Ce que l’on sait moins (ou que l'on évoque moins), c’est que c’est justement dans le futur pays de Nelson Mandela, où il arriva en 1893 pour exercer son métier d’avocat, que le « père de la nation » indienne élabora cette méthode en réaction au racisme dont étaient victimes les Indiens de la part des Sud-africains blancs. C’est toujours en Afrique du sud (à Johannesburg le 11 septembre 1906) que Gandhi mit en pratique cette démarche pour la première fois.

Nelson Mandela s’en inspirera largement dans son combat anti-apartheid.  Rappelons qu’il est né le 18 juillet 1918, soit exactement quatre ans, jour pour jour, après que Gandhi ait quitté l’Afrique du sud pour rentrer en Inde (le 18 juillet 1914) et y conduire le long combat qui, avec les mêmes méthodes déjà éprouvées en Afrique du sud, aboutira à l’indépendance de l’Inde le 15 août 1947...  

William Ernest Henley : Invictus ou la nécessité de la « résistance » mentale dans le combat  

Malade d’une tuberculose osseuse à l'âge de 12 ans, William Ernest Henley (1849-1903) sera amputé de son pied gauche. Quelques années plus tard, sa santé se complique encore et il est de nouveau hospitalisé. Le seul pied qui lui reste est également menacé d’amputation. C’est au cours de cette hospitalisation difficile que, en 1875, il rédigea le poème Invictus (« invincible » en latin). Il considèrait ce texte comme une forme de résistance à la grande douleur qu’il ressentait, comme une résistance à sa condition d’alors (William Ernest Henley comptera ensuite parmi les plus célèbres poètes, critiques littéraires et éditeurs britanniques)...

Plus tard, Invictus deviendra le poème préféré de Nelson Mandela. Le leader de la lutte anti-apartheid témoignera que ce poème lui sauva la vie pendant ses longues années de prison, c’est grâce à lui qu’il reprenait courage et force pour ne pas flancher devant les duretés de la vie carcérale.

Voici ce texte :

 

Invictus

 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,

Noires comme un puits où l’on se noie,

Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,

Pour mon âme invincible et fière

 

Dans de cruelles circonstances,

Je n’ai ni gémi ni pleuré,

Meurtri par cette existence,

Je suis debout bien que blessé,

 

En ce lieu de colère et de pleurs,

Se profile l’ombre de la mort,

Et je ne sais ce que me réserve le sort,

Mais je suis et je resterai sans peur,

 

Aussi étroit soit le chemin,

Nombreux les châtiments infâmes,

Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme.